17.11.2007

Bananal

Comme je crois l'avoir déjà dit, la novela de 18 heures sur la Globo est ma préférée. Et bien, je suis depuis vendredi soir dans un décor pour la novéla de 18 heures. Et ce n'est pas une image. On est ici en plein coeur du Brésil colonial, avec ses barons du café régnant sur leurs terres en maltraitant les esclaves (le gentil de la novéla est souvent un abolicionniste, et évidemment un beau gosse pour que la ménagère suive ses aventures avec assiduité). Bananal est une petite cité historique, certes moins bien préservée que Paraty, mais absolument charmante. J'ai donc quitté vendredi midi Penedo, son père Noël et ses lutins, pour une destination un peu plus culturelle. Je suis passé par la gare routière de Barra Mansa, située en plein centre de la ville. Il faut avoir vu Barra Mansa une fois dans sa vie. Voilà, c'est fait. Heureusement, la route en direction de Bananal est particulièrement champètre, avec des collines et des vaches.

Bananal est située dans l'état de São Paulo, à la limite de l'état de Rio de Janeiro. Rio n'est qu'à 150 kilomètres. Il est très facile de se rendre à Bananal par le bus en direction de São Paulo. Les pousadas ne manquent pas et la pousada Moreira compense son absence de charme par une situation centrale et un prix typiquement brésilien, que j'avais renoncé à trouver à Penedo. Je recommande aussi l'hôtel Brasil, visiblement sans grand confort, mais installé dans un demeure coloniale ("casarão") de 1847. Ou bien la pousada Castor, située en hauteur, avec piscine. Je joue les Guides du Routard, rubrique "où dormir", car je pense que Bananal n'est pas une destination connue des touristes français, et c'est bien dommage.

En arrivant, j'ai visité le "Solar Aguiar Valim", un magnifique casarão qui appartenait à un de ces riches et puissants propriétaires qui ont fait fortune avec le café. La bâtisse est en train d'être restaurée, et cela sans l'aide de l'état ou de la municipalité : tous les travaux sont réalisés par la "communauté", c'est à dire une association d'entraide entre habitants, ce qui est typique au Brésil. C'est Renato, un sympathique pépère membre de la communauté, qui m'a expliqué tout cela. Il y a encore six ans, la demeure était dans un abandon complet et menaçait de s'écrouler. A l'endroit où les belles dames de la société coloniale dansaient la valse, on ne trouvait plus que des rats et des chauve-souris crevées. La communauté a réalisé un travail fantastique avec pas un sou vaillant. Mais il reste encore du boulot. Dans l'immense espace désormais hors de danger, on pourrait réaliser un musée et une galerie d'Art. Les mécènes sont les bienvenus.

Les restaurants ne manquent pas. On trouve d'excellents restaurants "ao quilo" dans un cadre agréable. J'ai testé la cachaça Minuca, produite localement. Elle est excellente, et l'utiliser pour faire une caïpirinha serait du gaspillage ou du pur snobisme. Le magazine "Playboy" (édition brésilienne), qui fait autorité dans tous les domaines importants, prétend que c'est une des meilleures du Brésil (Lula a donc certainement perdu une opportunité de la déguster - voir notes précédentes). Détail important : c'est une des rares cachaças "aprovado pelo Kashrut", autrement dit une cachaça cachère.

A ne pas manquer à Bananal : la "Farmacia Popular", la plus ancienne pharmacie du Brésil encore en activité (elle fonctionne depuis 1830). Elle ne délivre plus beaucoup de médicaments, mais c'est un vrai musée. Elle a été fondée par un français, et on peut y voir de vieux pots de porcelaines et de vieux grimoires importés de l'Hexagone. J'ai beaucoup aimé l'hémoglobine du docteur Deschien, qui a dû inspirer la recette du Gibolin. En ce temps là, les analgésiques utilisés se nommaient cocaïne, héroïne et cannabis, et étaient présenté dans de jolies fioles dorées à la feuille. C'était quand même plus classe qu'aujourd'hui, et on ne risquait pas de voir arriver le BOPE armé jusqu'aux dents (voir notes précédentes). On savait vivre, en ce temps là. On savait surtout mourrir.

Ce samedi matin, j'ai visité une de ces fermes qui ont appartenu à un des barons du café, la "Fazenda dos Coqueiros". La "casa grande" date de 1855, elle se visite comme un musée. Les barons du café étaient évidemment d'authentiques méchants de novéla, riches et sans scrupules. Il serait pénible de décrire ici les tortures qu'ils infligeaient aux esclaves rebelles ou fugitifs. On peut voir la "senzala", l'endroit où ces pauvres gens étaient censés habiter : un sous-sol, d'un mètre cinquante de hauteur au maximum, sans aération et sans lumière. Dans cette fazenda, a été tournée la novéla "Sinhá Moça", celle qui a suivi "Alma Gêmea" sur la Globo.

Dans cette région où le café a fait la prospérité de quelques uns et le malheur de beaucoup, on peut s'étonner de ne plus voir un pied de café sur les collines. Elles en étaient pourtant couvertes. C'est simple : le café est une plante, et quand il n'est plus cultivé, la plante disparaît toute seule. L'abandon et l'érosion font leur travail. Il ne reste plus que des collines déboisées qui font toutefois d'excellent paturages pour les vaches. Autre curiosité, la gare de la ville, qui ne sert plus depuis 1961. Elle a été importée de Belgique en pièces détachées en 1890. Un caprice de riche et de puissants qui ne savent pas quoi faire de leur argent.

Je parle de novélas de 18 heures depuis le début, et j'ai oublié de préciser que je suis évidemment scotché devant "Desejo Proibido", qui en est déjà à son 12ème épisode (si j'ai bien compté). L'intrigue a pris son rythme de croisiére, c'est à dire qu'il ne se passe pas grand-chose. Le méchant coronel Chico a interdit au beau docteur Escobar de soigner sa femme Ana (et il n'a pas totalement tort, puisqu'Ana et Escobar sont tombés amoureux). Chico maintient Ana enfermée dans sa chambre, mais Escobar réussit à grimper jusqu'à sa fenêtre, avec son chapeau panama, ses pompes cirées et le tout sans froisser son costard d'un blanc impeccable. Faut pas trop penser. C'est ça qui est agréable. Si le héros était un universitaire dépressif tentant d'obtenir une bourse pour défendre une thèse sur Husserl, et était obligé de travailler au MacDo pour boucler ses fins de mois, ça ne ferait pas une bonne novéla. Sûrement pas.

Commentaires

Merci pour les élòges. Nous sommes les producteurs de la cachaça MINUCA. Et nous avons beaucoup aime votre matière concernant Bananal.

Ecrit par : Minuca | 21.11.2007

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