27.11.2007
Retour sur ... Penedo
En 1927, en Finlande, les poireaux étaient hors de prix. Il était très difficile de trouver des fruits et légumes frais : la probabilité de trouver des ananas ou des bananes au marché couvert d’Helsinki était plus que limitée. La nourriture des finlandais, à cette époque, se réduisait essentiellement au poisson frais et à la viande fumée : traditionnel et roboratif, mais peu équilibré. Comme la télévision, le Nokia 5310 ExpressMusic et les appareils à UV n’existaient pas encore, la nuit polaire était particulièrement longue et déprimante.
Certains finlandais pouvaient donc avoir le désir légitime de trouver une terre un peu moins ingrate. Particulièrement un certain Toivo Uuskalio, pour une bonne raison : il souhaitait mener une vie saine en mangeant végétarien, et le climat de la Finlande se prêtait fort peu à ses aspirations diététiques. Un beau jour, il eut une illumination et décida d’émigrer au Brésil. Il y passa un an, en 1927, puis retourna en Finlande publier un livre intitulé : « Matkalla Kohti Tropiikin Taikaa » (comme je parle très bien le portugais, je vais traduire : « Voyage en direction de la magie des Tropiques »). Ce fut le début d’une petite vague d’immigration finlandaise au Brésil, et ils fondèrent en 1929 la ville de Penedo, à 170 kilomètres au nord ouest de Rio, sur le terrain d’une ancienne fazenda achetée par Toivo Uuskalio. Entre 1927 et 1940, ils furent environ 300 à émigrer. Pour ces nordiques, le climat de la serra de Itatiaia convenait parfaitement : certes chaud, mais bien plus supportable que celui de Rio.
Les colons finirent toutefois par déchanter. La terre se révéla peu propice à l’agriculture, et certains souffrirent même de la faim. L’immigration se tassa donc rapidement. Comme le rappelle le dépliant du musée finlandais, à Penedo : en Finlande, il est considéré comme incorrect de démontrer ses sentiments de manière ouverte et spontanée. Ce n’est pas Kimi Raikkonen, surnommé « Iceman » par les reporters de Formule 1, qui dira le contraire (voir notes précédentes). Le seul moment où on peut laisser libre cours à sa fantaisie, c’est lors des danses folkloriques. Les finlandais de Penedo fondèrent le « Clube Finlândia », qui depuis 1943, se réunit tous les samedis à partir de 21 heures pour perpétuer les danses typiques en costumes traditionnels finlandais. Cela, pour le plus grand plaisir des touristes.
Car ce qui a fait la fortune de Penedo, ce n’est pas la culture des bananes et des ananas, c’est le tourisme. Les brésiliens adorent cet endroit pimpant et exotique en raison de son petit côté scandinave. C’est une destination prisée des amoureux et des couples en lune de miel. Au moment de Noël, on en rajoute une louche, puisque chacun sait que le père Noël habite en Laponie, au-delà du cercle polaire. Malgré les 30 degrés ambiants, on peut voir des sapins, des traîneaux, des chalets en pin et des lutins en plâtre.
Ne comptez pas trouver à Penedo des grands blonds aux yeux bleus : de nos jours, les habitants sont plus proches du type carioca que du type viking. Il ne reste plus que vingt authentiques finlandais à Penedo. Mais l’essentiel est que les traditions nordiques se sont perpétuées pour faire de Penedo une destination touristique charmante et un peu kitsch. J’ai mis ci contre (à droite de l’écran) un petit album photo avec mes photos de Penedo.
Pour terminer, je voudrai réparer une injustice que j’ai commise sur ce blog à propos du restaurant finlandais le Koskenkorva : la vodka qu’on peut y déguster est bien une authentique vodka finlandaise importée, de marque Finlandia, et non une « vodca nacional » (sic), qu’on peut trouver pour 10 R$ la bouteille en supermarché et qui convient parfaitement pour faire la « caïpivodka » (comme la caïpirinha, sauf qu’à la place de la cachaça on met de la vodka …).
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22.11.2007
Rio, dernière
Toujours dans le Globo, j’ai lu un article sur la favela Tavares Bastos, dans le quartier de Catete, celle où viennent d’être tournées les scènes du second volet des aventures de l’incroyable Hulk (voir notes précédentes). Il en ressort que depuis l’installation du BOPE en décembre 2000 et le départ des derniers trafiquants, il règne dans la favela un calme olympien. Plusieurs films (dont « Tropa de Elite »), une novela (« Vidas opostas », sur la Record), des clips (Black Eyed Peas, Snoop Dog) ont été tournés ici. Grâce aux tournages, les habitants arrivent à gagner quelques sous : en louant leurs maisons, en faisant de la figuration. Pour un peu, ils passeraient pour des privilégiés …
Il parait même qu’un film français pourrait y être tourné. Pure spéculation : il se trouve que le second épisode de « OSS 117 », avec Jean Dujardin, se passerait au Brésil. Une scène devait être tournée au Copacabana Palace, mais la direction a décliné la proposition en examinant de près le scénario, qui comportait quelques scènes de casse, qui auraient pu nuire au prestige de l’établissement. Selon les mêmes informateurs, les scénaristes se seraient rabattus sur Brasilia, qui fait un décor idéal pour les années soixante. Ce qui reste toutefois à démontrer.
En effet, l’UNESCO a récemment tapé du poing sur la table concernant le classement de Brasilia comme « Patrimoine mondial ». Comme je l’ai déjà dit (relire la saison 1), Brasilia, c’est très moche, et en plus c’est mal entretenu. Le plan pilote en forme d’aile d’avion conçu par Lucio Costa et Oscar Niemeyer a été largement dégradé au fil des années. Plus grave pour l’UNESCO, certains immeubles ont fait l’objet de restaurations qui en dénaturent l’originalité. Par exemple, les azulejos (un peu kitsch, mais typiques des années soixante) ont parfois été remplacés par des marbres (certes plus classes, mais peu typiques des années soixante). Si Brasilia avait été entretenue correctement en respectant le souhait de ses créateurs, elle serait aujourd’hui un décor idéal pour un film culte et parodique se déroulant pendant cette période.
Azulejos des années 60. Si vous avez les mêmes dans votre salle de bain, ne les cassez pas sous prétexte que c'est ringard : ça intéresse l'UNESCO.
Voilà, la partie purement brésilienne de ce blog est terminée pour cette année. Il me reste toutefois de la matière en stock pour l’alimenter après mon retour en France. Avec une série de « Retours sur … », plus des articles de fond (de tiroir), en attendant mon prochain voyage l’année prochaine. Restez branchés !
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21.11.2007
Rio, avant dernière
Eva Klabin était l’une des filles d’un couple d’émigrés lituaniens arrivés au Brésil au 19ème siècle. La société Klabin, leader brésilien dans la fabrication de papier cellulose, existe depuis 1899 et est cotée à la bourse de São Paulo. Aussi la famille est elle depuis longtemps à l’abri du besoin et des difficultés financières. Parmi les babioles qu’on peut admirer dans la baraque : des chinoiseries, des antiquités grecques, égyptiennes et précolombiennes et un splendide service en faïences de Limoges dans la salle à manger. Rajouter à cela ajouter un Tintoret dans le salon Renaissance, un Gainsborough dans le salon anglais, un Pissaro, un Marie Laurencin et une flopée de toiles de maîtres flamands ou de l’école de Fontainebleau. Je précise que le musée est climatisé, c’est un détail important en cette période de l’année.
Drame a Passaperto : Laura, folle de désir, roule un patin au sémillant Miguel. Mais ce dernier la repousse violemment : « Ne fais plus jamais ça, jamais de la vie ! », lui dit-il. Evidemment, Laura ne sait toujours pas que Miguel est curé. « Un jour, tu comprendras … », assène Miguel, en guise d’explication. C’est pas très malin, comme réponse : il aurait pu dire qu’il a eu tardivement les oreillons et que sa maladie a été mal soignée, elle aurait compris de suite et abandonné toute velléité envers lui - et il aurait pu facilement préserver ses vœux de chasteté en échange d’un mensonge véniel. Mais il reste quand même 180 épisodes à tourner, donc pas question de trouver une solution rapide et logique au problème. Miguel va se réfugier dans sa chambre, revêt sa soutane (qu’il a mise au placard à cause de sa mission secrète) et implore Nosso Senhor en priant de toutes les forces de son âme. On écrase une larme. Plus qu’un épisode à voir en direct, et après je devrai me contenter de le regarder sur Internet avec le Globo Media Center. Le chapitre intégral est réservé aux abonnés, mais certains extraits sont accessibles à tous :
http://video.globo.com/Videos/Player/Entretenimento/0,,GI...
Il y en a un qui a tout compris, c’est Dominique de Villepin. Il assistait samedi soir à une répétition (« ensaio ») à l’école de samba de la Mangueira. Le Globo l’a photographié - sans cravate - en compagnie du Rei Momo et de sa cour de « cabrochas » (en argot, femmes aimant danser le samba, nous dit le Houaiss). Voilà qui a sûrement dû le consoler d’avoir laissé son boulot à François Fillon, qui doit être en train de négocier depuis 15 jours avec les syndicats en se gelant les meules. Malgré le soleil et la chaleur de cette belle journée d’été, le Christ du Corcovado s’obstine à se cacher derrière un petit nuage. Encore un feignant qui profite de son statut privilégié pour ne pas en ramer une. Quand je serai proprio, je vais réclamer un service minimum pour les nouvelles merveilles du monde.
23:15 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Brésil
20.11.2007
Aparecida
Le bus de 13h10 pour Rio était "lotado" (complet), et il n'y avait pas d'autre bus avant 17h20. J'ai donc été obligé de prolonger un peu mon séjour, et je ne le regrette pas. J'ai pu visiter en détail Aparecida, qui mérite quand même le détour.
La ville est composée de deux parties : le centre historique et la nouvelle basilique. Le centre historique est située sur la colline où a été bâtie la première basilique, vers 1850. La vieille basilique est en cour de restauration, et elle en a bien besoin. Elle continue à accueillir les touristes et les pélerins, et on peut passer se recueillir sous la vierge à l'endroit même où elle était installée avant la construction de la nouvelle basilique. Ce qui a provoqué chez moi une interrogation légitime : sur les deux vierges, il doit y avoir une fausse. Ou alors, elle est douée du don d'ubiquité, comme Frei Galvão (voir note précédente). Ou bien encore, elles sont réellement deux, comme Urbi et Orbi. En tout cas, les brésiliens on fait preuve de clairvoyance pour la construction de la nouvelle basilique. L'étroit passage qui permettait d'accéder à la vierge dans l'ancienne basilique n'aurait jamais pu accueillir autant de pélerins de nos jours. Ne pas oublier que depuis 1950, la population du Brésil a été multipliée par trois.
Depuis le centre historique, on a une vue panoramique sur la nouvelle basilique, et on peut en admirer la taille imposante. Le centre historique et la nouvelle basilique sont reliés par la "passarela da fé", autrement dit la passerelle de la foi. On dit que la foi déplace les montagnes, en l'occurrence elle est capable d'absorber un traffic de 10 000 pèlerins à l'heure, en période de pointe. J'en ai donc profité pour retourner voir la nouvelle basilique, l'occasion de voir quelques endroits à ne pas rater. A commencer par la "sala das promessas", qui contient toutes les offrandes faites à la Vierge en remerciement d'un voeu accompli. Comme on est au Brésil, on peut solliciter Nossa Senhora pour des motifs qu'on ne rencontre que très rarement à Lourdes. On peut la remercier pour la victoire de son équipe de futebol, ou bien pour avoir survécu à une balle perdue.
Le clou de la visite est la montée au beffroi, de plus de 70 mètres de haut (il y a un ascenseur). De là, on a une vue impressionnante sur le centre historique, où on proliféré dans le plus grand désordre les constructions modernes, ce qui est bien dommage. Mais il fallait bien loger les centaines de milliers de pélerins qui viennent ici rien que pour le 12 octobre. La visite du beffroi donne également accès à un petit musée d'art sacré. La sainte patronne du Brésil est devenue une vedette de novela : en 2001, a été diffusée "A Padroeira", et pour l'occasion on a produit une réplique fidèle de la vierge trouvée. On peut la voir au musée (donnée gracieusement par la Globo).
Retour à Rio ce soir. Plus que trois jours avant mon retour en France. Ca passe vite. Nossa Senhora ! C'est le cas de le dire ...
19:10 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Brésil
Guaratingueta
Après trois nuits à Bananal, j'ai pris ce lundi matin la route de Guaratingueta. Il y a un bus direct qui relie les deux villes, il ne m'en fallait pas plus pour me décider à tenter l'aventure. La route est folklorique, à tous points de vue. Le paysage est charmeur, la route passe au milieu des vaches, littéralement, puisqu'on trouve des vaches sur la route. le chauffeur connait la route par coeur : il sait où sont tous les trous et arrive parfois à les éviter. Au bout de deux heures de virages, de montées et de descentes, on arrive sur la via Dutra, l'autoroute Rio-São Paulo. Ce qu'on gagne en rapidité, on le perd en charme.
Guaratingueta est la capitale brésilienne du tourisme religieux. Ne croyez pas que j'ai subitement attrapé la vocation en me cognant sur un pilier d'église, comme l'a fait en son temps Paul Claudel. D'ailleurs ce qui va suivre ne ressemble vraiment pas à du Paul Claudel. C'est juste l'occasion de parler à ma manière de la principale religion du pays, avant le futebol : la religion catholique.
Guaratingueta est la ville natal de Frei Galvão (1739-1822), le premier saint brésilien. Ce frère jésuite doté d'une grande piété et d'une remarquable bonté d'âme avait trouvé un remède miracle pour tous les maux : la pillule de Frei Galvão. C'est un petit morceau de sucre enrobé avec une prière. La prière constituant le principe actif, la pillule de frei Galvão est donc aussi efficace qu'un remède homéopathique (sinon plus). Pour se la procurer, pas la peine de courrir à la pharmacie : elle est distribuée gratuitement dans tous les endroits stratégiques de la ville. Je donne le mode d'emploi qui est livré avec : prier pendant 9 jours, prendre une pillule le premier jour, une le cinquième et une le dernier. Ne pas dépasser la dose prescrite. Si les symptômes persistent, deux "nôtre-père" et trois "Je vous salue, Marie" (j'ai rajouté les deux dernières phrases, mais la première est authentique).
Frei Galvão est mort en odeur de sainteté, mais il a fallu attendre 1998 pour que le Vatican se décide à le cannoniser, sans nul doute pour flatter le chauvinisme des brésiliens qui constituent le premier pays catholique du monde par le nombre de croyants. Pour être cannonisé, il faut avoir fait des miracles. Frei Galvão en a fait, comme le montre en les peintures naïves que l'on peut voir dans sa maison natale, transformée en musée. Frei Galvão était également doté du don de lévitation et d'ubiquité. Rien n'indique qu'il savait également réaliser à la perfection le cake aux olives, mais on peut le supposer, tant était grande sa sagesse.
Pour continuer dans le registre religieux, il suffit de faire six kilomètres pour arriver à Aparecida (un bus relie les deux villes toutes les 15 minutes). J'étais plusieurs fois passé devant la gigantesque basilique en prenant la via Dutra, sans jamais m'arrêter. Cet oubli est désormais réparé. La basilique date de 1955 et est une des plus grandes églises catholique du monde. Elle abrite la vierge trouvée sur les bords du Rio Paraiba en 1717, qui est vénérée comme la sainte patronne du Brésil. C'est étonnant de voir un tel monument et une telle dévotion autour d'une si petite image. Pour défiler devant la vierge, pas moins de six rangées de pèlerins séparées par des rampes (on peut le faire à genou, mais je n'ai pas retenu cette option). Un lundi pluvieux, il n'y a pas foule, mais j'imagine la cohue un 12 octobre, fête nationale, jour férié dans tout le Brésil et date du pélerinage annuel. Ce jour là, le parking doit être aussi plein qu'à Disneyland. Pour se repérer dans le parking, il y a plusieurs secteurs : la rose miraculeuse, Lourdes, etc. Si vous vous perdez quand même, invoquez par la prière le saint GPS. Un bon pélerinage se doit de se terminer par une visite au centre commercial religieux, pour acheter une sainte-vierge clignotante ou une bougie avec le saint qui apparait quand on l'allume. J'ai aussi bien aimé le portrait de Jésus qui ferme les yeux quand on change d'angle de vue.
Très important pour terminer : c'est ce soir qu'a été diffusée la scène de la novela "Duas caras" tournée à l'hypermarché Extra de Barra de Tijuca (voir notes précédentes). A voir sur le Globo Media Center :
http://video.globo.com/Videos/Player/Entretenimento/0,,GI...
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17.11.2007
Bananal
Comme je crois l'avoir déjà dit, la novela de 18 heures sur la Globo est ma préférée. Et bien, je suis depuis vendredi soir dans un décor pour la novéla de 18 heures. Et ce n'est pas une image. On est ici en plein coeur du Brésil colonial, avec ses barons du café régnant sur leurs terres en maltraitant les esclaves (le gentil de la novéla est souvent un abolicionniste, et évidemment un beau gosse pour que la ménagère suive ses aventures avec assiduité). Bananal est une petite cité historique, certes moins bien préservée que Paraty, mais absolument charmante. J'ai donc quitté vendredi midi Penedo, son père Noël et ses lutins, pour une destination un peu plus culturelle. Je suis passé par la gare routière de Barra Mansa, située en plein centre de la ville. Il faut avoir vu Barra Mansa une fois dans sa vie. Voilà, c'est fait. Heureusement, la route en direction de Bananal est particulièrement champètre, avec des collines et des vaches.
Bananal est située dans l'état de São Paulo, à la limite de l'état de Rio de Janeiro. Rio n'est qu'à 150 kilomètres. Il est très facile de se rendre à Bananal par le bus en direction de São Paulo. Les pousadas ne manquent pas et la pousada Moreira compense son absence de charme par une situation centrale et un prix typiquement brésilien, que j'avais renoncé à trouver à Penedo. Je recommande aussi l'hôtel Brasil, visiblement sans grand confort, mais installé dans un demeure coloniale ("casarão") de 1847. Ou bien la pousada Castor, située en hauteur, avec piscine. Je joue les Guides du Routard, rubrique "où dormir", car je pense que Bananal n'est pas une destination connue des touristes français, et c'est bien dommage.
En arrivant, j'ai visité le "Solar Aguiar Valim", un magnifique casarão qui appartenait à un de ces riches et puissants propriétaires qui ont fait fortune avec le café. La bâtisse est en train d'être restaurée, et cela sans l'aide de l'état ou de la municipalité : tous les travaux sont réalisés par la "communauté", c'est à dire une association d'entraide entre habitants, ce qui est typique au Brésil. C'est Renato, un sympathique pépère membre de la communauté, qui m'a expliqué tout cela. Il y a encore six ans, la demeure était dans un abandon complet et menaçait de s'écrouler. A l'endroit où les belles dames de la société coloniale dansaient la valse, on ne trouvait plus que des rats et des chauve-souris crevées. La communauté a réalisé un travail fantastique avec pas un sou vaillant. Mais il reste encore du boulot. Dans l'immense espace désormais hors de danger, on pourrait réaliser un musée et une galerie d'Art. Les mécènes sont les bienvenus.
Les restaurants ne manquent pas. On trouve d'excellents restaurants "ao quilo" dans un cadre agréable. J'ai testé la cachaça Minuca, produite localement. Elle est excellente, et l'utiliser pour faire une caïpirinha serait du gaspillage ou du pur snobisme. Le magazine "Playboy" (édition brésilienne), qui fait autorité dans tous les domaines importants, prétend que c'est une des meilleures du Brésil (Lula a donc certainement perdu une opportunité de la déguster - voir notes précédentes). Détail important : c'est une des rares cachaças "aprovado pelo Kashrut", autrement dit une cachaça cachère.
A ne pas manquer à Bananal : la "Farmacia Popular", la plus ancienne pharmacie du Brésil encore en activité (elle fonctionne depuis 1830). Elle ne délivre plus beaucoup de médicaments, mais c'est un vrai musée. Elle a été fondée par un français, et on peut y voir de vieux pots de porcelaines et de vieux grimoires importés de l'Hexagone. J'ai beaucoup aimé l'hémoglobine du docteur Deschien, qui a dû inspirer la recette du Gibolin. En ce temps là, les analgésiques utilisés se nommaient cocaïne, héroïne et cannabis, et étaient présenté dans de jolies fioles dorées à la feuille. C'était quand même plus classe qu'aujourd'hui, et on ne risquait pas de voir arriver le BOPE armé jusqu'aux dents (voir notes précédentes). On savait vivre, en ce temps là. On savait surtout mourrir.
Ce samedi matin, j'ai visité une de ces fermes qui ont appartenu à un des barons du café, la "Fazenda dos Coqueiros". La "casa grande" date de 1855, elle se visite comme un musée. Les barons du café étaient évidemment d'authentiques méchants de novéla, riches et sans scrupules. Il serait pénible de décrire ici les tortures qu'ils infligeaient aux esclaves rebelles ou fugitifs. On peut voir la "senzala", l'endroit où ces pauvres gens étaient censés habiter : un sous-sol, d'un mètre cinquante de hauteur au maximum, sans aération et sans lumière. Dans cette fazenda, a été tournée la novéla "Sinhá Moça", celle qui a suivi "Alma Gêmea" sur la Globo.
Dans cette région où le café a fait la prospérité de quelques uns et le malheur de beaucoup, on peut s'étonner de ne plus voir un pied de café sur les collines. Elles en étaient pourtant couvertes. C'est simple : le café est une plante, et quand il n'est plus cultivé, la plante disparaît toute seule. L'abandon et l'érosion font leur travail. Il ne reste plus que des collines déboisées qui font toutefois d'excellent paturages pour les vaches. Autre curiosité, la gare de la ville, qui ne sert plus depuis 1961. Elle a été importée de Belgique en pièces détachées en 1890. Un caprice de riche et de puissants qui ne savent pas quoi faire de leur argent.
Je parle de novélas de 18 heures depuis le début, et j'ai oublié de préciser que je suis évidemment scotché devant "Desejo Proibido", qui en est déjà à son 12ème épisode (si j'ai bien compté). L'intrigue a pris son rythme de croisiére, c'est à dire qu'il ne se passe pas grand-chose. Le méchant coronel Chico a interdit au beau docteur Escobar de soigner sa femme Ana (et il n'a pas totalement tort, puisqu'Ana et Escobar sont tombés amoureux). Chico maintient Ana enfermée dans sa chambre, mais Escobar réussit à grimper jusqu'à sa fenêtre, avec son chapeau panama, ses pompes cirées et le tout sans froisser son costard d'un blanc impeccable. Faut pas trop penser. C'est ça qui est agréable. Si le héros était un universitaire dépressif tentant d'obtenir une bourse pour défendre une thèse sur Husserl, et était obligé de travailler au MacDo pour boucler ses fins de mois, ça ne ferait pas une bonne novéla. Sûrement pas.
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Penedo (suite)
Je suis ce soir à Bananal, où je compte rester jusqu'à dimanche. Juste un mot pour dire que le plat finlandais d'hier s'appelle le "voleipäpöytä", et que ça signifie quelque chose comme "plateau". Ca ne s'invente pas. Je suis allé ce matin faire une petite promenade jusqu'à la "cachoeira do Deus" (cascade de Dieu, c'est un peu exagéré mais l'endroit est charmant). J'ai également vu quelques résidences secondaires dans un style finno-brésilien. C'est tout pour aujourd'hui (le cybercafé va fermer).
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15.11.2007
Penedo
Je suis arrivé mercredi soir à 20h30 et ma première action a été de trouver une pousada. Jeudi 15 novembre est la fête nationale (Dia da Republica) et le mardi 20 est également férié (Dia do Zumbi, seulement à Rio). Il y avait donc du monde sur les routes pour le "feriadão". J'ai quand même trouvé sans trop de peine la "pousada das acerolas", qui comme son nom l'indique, a des acerolas (appelées abusivement cerises brésiliennes, car ça ressemble un peu). Le soir, j'ai diné à la casa do Fritz, un restaurant allemand où j'ai dégusté une "bratwurst mit sauerkraut und kartoffeln" (je veux dire une : "salsicha alemã com chucrute e batatas"). Le tout arrosé d'un "chopão" (la maxi-chope).
Je ne pouvais pas rester deux nuits à la pousada das acerolas, car la chambre était réservée, aussi j'ai dû en chercher une autre. J'ai fait une excellente découverte, la "pousada do aconchego" (un nom très original, il doit y en avoir 327 au Brésil). Elle est charmante et dans un cadre champêtre, on peut même faire du feu de bois dans la chambre, quand il fait froid (ça arrive, pas aujourd'hui toutefois). Elle est de plus située à côté du restaurant finlandais de la ville, le Koskenkorva, que je ne pouvais pas rater. La spécialité est le $%+ (ici un nom finlandais imbitable que je vais devoir noter pour le restituer fidèlement). Je ne sais pas si c'est authentiquement finlandais (surtout les rondelles d'ananas pour décorer), mais c'est authentiquement excellent. La demie portion pour une personne peut en nourrir deux. Pour digérer, j'ai pris une petite vodka à la finlandaise qui doit être de fabrication brésilienne, mais pas mauvaise.
A part ça, le village est charmant, un peu bidochon mais charmant. On en a rajouté dans le style nordique, qui est exotique pour les brésiliens. On peut voir la "casa do Papai Noel" (la maison du père Noel) et faire un tour jusqu'aux cascades par le "trenzinho dos duendes" (le petit train des lutins). On peut aussi acheter le "joulupukkin suuklat", autrement dit le "chocolate do Papai Noel". Même si on ne sait pas parler le portugais, c'est toujours plus clair qu'en finnois. J'ai visité le musée finlandais, où il vaut mieux parler portugais ou finnois pour comprendre. J'y ai appris que le finnois compte 16 déclinaisons et une conjugaison délirante avec une kyrielle d'exceptions. Une langue que ne ne risque donc pas d'apprendre de sitôt.
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13.11.2007
Novela à l'hypermarché !
Maria Paula (Marjorie Estiano), chef de rayon à la Globo
Vous vous posez certainement un certain nombre de questions existentielles après ces quelques lignes. Je vais m’efforcer d’y répondre immédiatement. Pour commencer, qu’est-ce que je suis allé foutre à l’hypermarché Extra de Barra de Tijuca ? C’est simple, le temps sur Rio est aujourd'hui complètement bouché, et en plus ça caille (selon les normes locales, c'est-à-dire que la température doit tourner autour de 20 degrés – j’ai mis la petite laine ce soir). Et comme Rodrigo e eu l’idée (farfelue à mon sens) d’acheter un vélo à 119 R$ (sûrement du Made in China, même ici), je me suis laissé tenter pour aller faire un tour en voiture jusqu’à Barra. Toujours en compagnie de Regiane, dont le ramage n’est malheureusement pas égal au plumage.
L’hypermarché Extra de Barra est certainement l’endroit idéal pour croiser les bourgeoises de la Zona Sul qui viennent ici remplir leur caddie pour tromper leur ennui. Ici, on ne dit pas bourgeoise, mais « perua », ce qui veut dire « dinde » (c’est pas gentil, mais c’est bien choisi). La Globo, soucieuse de donner une image chic, distanciée et réaliste à sa novela, a donc bien choisi l’endroit. Sans compter qu’un mardi après-midi, il n’y a pas un chat dans les rayons.
Je n’avais jamais assisté à un tournage de novela, c’est très intéressant et cela va à l’encontre de certaines idées reçues. J’imaginais un tournage en vidéo légère, avec un enchaînement stakhanoviste des scènes à enregistrer, sans trop chercher à fignoler. C’est dans la boîte, on passe à la suivante. Référence absolue en la matière, Ed Wood Junior, l’immortel réalisateur de « Plan 9 from outer space ». C’était juste pour étaler ma culture cinématographique. Et bien, pas du tout.
Le tournage se fait avec les mêmes exigences et le même matériel qu’au cinéma (le vrai, pas celui d’Ed Wood Junior). Rampe de travelling, éclairages soignés et tournage de la même scène une quinzaine de fois pour avoir la bonne prise. Du vrai travail de pro. On comprend mieux pourquoi c’est joli à regarder (même si le scénario et les dialogues sont parfois à prendre au second degré). Je tâcherai de m’en souvenir désormais pour ne pas ricaner bêtement. La critique est aisée …
Je précise également que la chaîne Extra (très populaire au Brésil) appartient au même groupe que le français Casino, il ne faut donc pas être surpris de trouver des produits Casino typiquement français dans les rayons, à des prix toutefois dissuasifs (10 R$ une tablette de chocolat praliné …). Je m’enorgueillis de trouver des choses passionnantes à écrire suite à une simple visite à l’hypermarché. En toute modestie.
Rodrigo a finalement acheté deux vélos chinois. S’il arrive a les monter, ils devraient au moins pouvoir faire sans se casser l’aller et retour le long de la plage de Copacabana. Par un temps comme aujourd’hui, pédaler sur le calçadão ne devrait pas entraîner une déshydratation majeure.
Je n’ai pas réussi à trouver la biographie non autorisée d’Edir Macedo, le proclamé « évêque » de l’Igreja Universal do Reino de Deus (voir épisodes précédents). A défaut, j’ai trouvé un opuscule de « littérature de Cordel » intitulé « Briga do Bispo Macedo com o Diabo » (traduction libre : « Prise de bec entre l’évêque Macedo et le Diable »), d’un certain Gonçalo Ferreira da Silva. Ces petits opuscules de Cordel sont toujours savoureux et pas cher du tout, puisque il s’agit de littérature populaire (j’ai payé celui-ci 1 R$). L’évêque Macedo en prend pour son grade, et copieux.
Bien envoyé, Gonçalo. Si Edir Macedo est évêque, moi je suis curé d’Ars. Que Satan lui arrache les poils du nez un par un jusqu’à la fin des temps. Que le démon lui épluche les parties intimes avec un économe rouillé. Que la peau de la bunda lui pèle et que ses bras soient trop courts pour qu’il puisse se gratter. Qu’il soit damné pour l’éternité, du moins jusqu’à ce que la Record se décide à rediffuser « Essas Mulheres », scandaleusement retirée de la grille des programmes sans préavis ni excuses. C’est pas du Cordel, c’est de moi. Non mais !
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Búzios
C’est toujours en compagnie de Rodrigo et Regiane que j’ai passé cette fin de semaine (en bon français, on dit week-end). Pour le chemin aller, nous avons emprunté la route du bord de mer, en passant par un endroit fort sympathique appelé Saquarema. Sa petite église de 1630 située sur un promontoire rocheux attire de loin l’attention. Sous la falaise, on peut voir une grotte avec Nossa Senhora de Lourdes et Santa Bernadette, ce qui est très original. Nous avons également fait une pause déjeuner au « Quiosque do Luiz », où pour 18 R$, on peut déguster un poisson entier qui peut nourrir 3 personnes, accompagné de riz, salade et « pirão » (une sauce typique de Nordeste). Le poisson était du « pargo » (pagre ?). Je m’empresse de dire que le prix est imbattable, et qu’il ne faut pas compter payer le même à Búzios (multiplier le prix par trois, comme pour presque tout d’ailleurs).
Une fin de semaine (appelée aussi week-end) à Búzios est tellement un moment de détente que je n’ai pas grand-chose de plus à ajouter. Mis à part quelques précisions sur les voyages en voiture particulière. C’est un moyen de locomotion que je n’avais pratiquement jamais utilisé jusqu’ici. Le 4x4 jaune canari de Rodrigo (de marque Volkswagen) est en fait un SUV, c'est-à-dire un 4x4 avec deux roues motrices : la possession de ce type de véhicule peut se justifier au Brésil en raison de l’état des routes. La signalisation par panneaux est catastrophique, dès qu’on s’écarte des grands itinéraires. Pour trouver la route de Saquarema, puis pour se rendre après à Búzios, Rodrigo a du demander son chemin au moins quinze fois. En revanche les stations services méritent bien leur nom, puisqu’on y trouve des pompistes à l’ancienne qui font le plein avec le sourire et qui nettoient le pare-brise ou contrôlent les niveaux, sans supplément. J’ajoute que puisque presque tous les particuliers roulent désormais à l’alcool de canne, on n’a pas en rentrant dans une station service l’odorat agressé par le fumet si particulier du bon pétrole que nous aimons tant. Le bioéthanol a la même odeur que la cachaça (même si l’utilisation de ce liquide dans la caïpirinha est formellement déconseillée).
En parlant d’odeur de pétrole, il y en a un qui l’apprécie tout particulièrement : c’est Lula. Les mauvaises langues ne manqueront pas de dire qu’autrefois, c’est plutôt l’odeur d’autres liquides (comme la bière ou le whisky) qui attirait le « presidente » (il n’a pas attendu l’invention du flex pour rouler à l’alcool). Mais c’est de l’histoire ancienne. Le Brésil est désormais candidat pour rentrer à l’OPEP. Avec la découverte du fantastique gisement de pétrole de Santos, le Brésil se place au 9ème rang mondial pour les réserves pétrolières, et pourra même en exporter. Le pétrole en question est de plus un brut léger de bonne qualité, facile à raffiner. Il ne reste plus qu’à Lula à se coiffer d’un keffieh, ou d’une casquette du Che pour imiter Hugo Chavez. Mais ce n’est pas pour tout de suite, si je peux me livrer à une analyse critique de la situation.
Le gisement en question se situe à 150 kilomètres des côtes, et à cet endroit l’océan Atlantique fait 2000 mètres de profondeur. Pour atteindre le pétrole, il faudra de plus percer une couche saline de 6000 mètres d’épaisseur, soit 8000 mètres de tuyaux à prévoir pour pomper le précieux liquide. Cela n’a pas empêché l’action de Petrobras de faire un bond de 16 % à l’annonce de cette découverte, mais les exécutifs et les techniciens du géant pétrolier brésilien ont été plus discrets et moins enthousiastes que les politiques pour commenter la nouvelle. Quels investissements gigantesques va-t-on devoir faire pour exploiter cette nappe ? Silence radio.
Même si on trouve encore dans le monde une centaine de gisements comme celui de Santos, il y aura bien un jour où du pétrole, il n’y en aura plus. Je désespère désormais de voir la fin du pétrole de mon vivant, mais c’est peut-être tant mieux. Pour moi, pas pour ceux qui naissent aujourd’hui. Tant qu’on n’aura pas trouvé une énergie alternative crédible pour faire rouler les bagnoles et faire voler les avions, on va continuer à polluer à tout va et à réchauffer la planète avec les conséquences désastreuses que l’on connaît désormais et dont personne ne devrait plus douter (mis à part quelques notoires comme Claude Alègre, j’ai supprimé un mot avant « notoires » pour éviter de tomber dans l’invective). Pour assouvir notre soif d’or noir, on va encore continuer à cirer les bottes de dirigeants de grands pays typiquement démocratiques : Vladimir Poutine, les rois et les émirs du Golfe Persique, et on peut maintenant ajouter à la liste Hugo Chavez. On va continuer à ne pas faire les investissements indispensables en matière d’énergies renouvelables.
Attention : l’exemple du Brésil avec la canne à sucre n’est pour l’instant pas reproductible ailleurs. Seule la canne à sucre permet de produire du biocombustible à des coûts raisonnables (je ne parle pas de l’impact sur l’environnement, avec la déforestation massive dont elle est en partie responsable). D’autres pays de climat tropical se sont lancés dans l’aventure, notamment la Thaïlande et l’Australie, mais les coûts de production sont bien supérieurs au Brésil. Quant à l’utilisation de céréales pour produire du bioéthanol ou du colza pour produire du biodiesel, autant le dire de suite : c’est une fumisterie. Avertissement sans frais aux politiciens français.
J’essaierai d’être plus rigolo demain, mais ce lundi, il n’a cessé de pleuvoir comme vache qui pisse, ce qui me contrarie un peu (et tous les cariocas sont dans le même seau, si j’ose dire). Heureusement que la fin de semaine (week-end, comme on dit en français) a été bonne.
01:10 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Brésil