09.07.2009

Museu do Estado

A Recife, Le musée d'état du Pernambuco (en français : Pernambouc), mérite une visite. Il est situé dans un quartier chic mais toutefois éloigné du centre, le visiteur peu à l'aise avec les bus brésiliens pourra donc opter pour le taxi. Ne pas se laisser intimider en croyant le musée fermé, l'entrée est sur côté et rien ne l'indique. Le bâtiment est splendide, milieu du XIXème siècle.

Deux dragons, symboles de l'empereur Dom Pedro II, accueillent le visiteur. Puis deux porteuses de lanterne, puis deux soldats : un tirailleur et un zouave, dont on se demande bien ce qu'il fait là, à 7000 kilomètres du pont de l'Alma. Le tout en fonte des fonderies de Val d'Osne, importé de France.

Le bâtiment est actuellement en travaux mais sera prochainement ouvert au public. En attendant, l'espace situé à côté abrite les collections permanentes. Essentiellement sur l'histoire de Recife, depuis la tentative de colonisation par les hollandais au XVIIème siècle. Comme la plupart des villes brésiliennes (malheureusement), la ville était certainement magnifique jusqu'au début des années 50, quand on a commencé à construire des tours hideuses et à négliger le patrimoine architectural. 

J'ai oublié de dire que jusqu'au 19 juillet, l'espace accueille une exposition de photographies (censée être artistique), organisée par l'Alliance Française de Recife dans le cadre de l'année de la France au Brésil. Le cocktail organisé hier soir pour le vernissage a attiré du monde, si j'en juge par le nombre de signatures sur le livre d'or. Certainement plus que de visiteurs payants pendant les deux derniers mois, et c'est bien dommage.

05.07.2009

São Luis et Lençois Maranhenses

De retour à São Luis après quatre ans d’absence, je constate que les choses n'ont pas beaucoup changé. En bien : les boeufs sont toujours là, et continuent de danser, dans la joie et la bonne humeur, pour célébrer la Bumba-Meu-Boi. En moins bien : c'est toujours autant en ruine. Le magnifique casarão de la rua das Estrelas, dont il ne reste que la facade couverte d'azulejos, est dans le même état, à un détail près : il y a une plaque indiquant qu'il va bientôt être restauré. Il y a même un budget et un délai de réalisation, mais cela ne signifie pas que les choses vont se faire avec certitude. Quant au casarão dans lequel j'ai joué un remake d'Indiana Jones, il n'a toujours pas trouvé preneur, et même la plaque "se vende" (à vendre) a disparu.

L'objectif principal de ce retour à São Luis était toutefois de réaliser l'excursion indispensable que j'avais ratée la dernière fois : les Lençois Maranhenses. C'est réellement un lieu magique, à 260 kilomètres au nord-est de São Luis. Début juillet est vraiment la période idéale pour visiter les Lençois. La chance était au rendez-vous avec trois jours de soleil. Les photos de l'album ci-joint se passent de commentaires.

19.06.2009

Surubim et Caruaru

Surubim est une ville de l’intérieur du Pernambouc, et la température chute considérablement par rapport à Recife. On se passe facilement de la climatisation. Pour un peu, on mettrait la petite laine. Les brésiliens, en tout cas, trouvent que les nuits sont fraiches. Moi, ça va. Il y a une Banco do Brasil où on peut retirer de l'argent avec une carte internationale. Si, c'est possible. Le maire vient d'inaugurer une nouvelle place, avec comme protectrice une statue de Nossa Senhora. L'église est de 1965, en plus pur style années 1960. Voilà, je crois avoir tout dis sur Surubim, pour ce qui relève de l'information touristique.

Caruaru est LA capitale du Forró. Qui n'entend pas de Forró à Caruaru, pendant la São João, a vraisemblablement les oreilles bouchées. Le véritable Forró se joue à trois musiciens : l'accordéoniste (sanfona), le tambour (zabumba) et le triangle (triangulo). On peut donc dire que c'est un genre de bal-musette, en plus rythmé. Mais contrairement au genre précité, le Forró n'est pas considéré comme une musique ringarde pour les ploucs. Il fait partie des traditions, et on peut même voir des gamins de 15 à 20 ans danser au son de cette musique. On peut même penser qu'ils préfèrent le Forró à la Techno, et ce n'est pas moi qui vais les contredire. Attention : ne pas prononcer "Forro" comme "Zorro", mais avec un "o" ouvert comme dans "note" ou "flotte". Donc, prononcer "Forró" avec la bouche en forme de cul de poule, sous peine de ne pas être compris par un brésilien. Le programme culturel indispensable à Caruaru : la visite du musée Luiz Gonzaga, l'immortel auteur (avec Humberto Teixeira) de la chanson "Asa Branca".

Le monument historique de Caruaru est une simple cabane en terre : la maison de Mestre Vitalino. Vitalino Pereira dos Santos est l'homme qui a créé l'artisanat des figurines en terre cuite, qui sont avec le Forró l'autre source de revenu de la ville. Impossible d'y échapper non plus. On peut d'ailleurs combiner les deux (Forró et artisanat) en achetant le "Trio nordestino" en terre cuite : sanfona, zabumba et triangulo. Mais comme la terre cuite est muette, on peut mettre un disque de Luiz Gonzaga.

11.06.2009

La Seleção à Recife !

J'étais hier soir au stade d'Arruda, à Recife, pour assister au match Brésil-Paraguay comptant pour la qualification à la coupe du monde de 2010 en Afrique du Sud. Se trouver au milieu de 55000 brésiliens semi-hystériques pour encourager l'équipe nationale de futebol, il faut avoir fait ça une fois au moins dans sa vie. C'est fait. Les quelques paraguayens paumés au milieu de cette marée jaune et verte n'ont pas fait le déplacement pour rien, attendu que c'est leur équipe qui a ouvert le score, au grand dam du public. Mais la paire infernale, Robinho et Kaka, a permis de réduire le score, puis de gagner par 2 à 1, score final. Kaka, Kaka ! Kaka n'a pas merdé (j'ai pas pu me retenir de la faire, celle là).

Pour remonter un peu le niveau intellectuel de ce blog, j'ajouterai une bonne nouvelle : Recife a été officiellement choisie comme ville allant accueillir des matchs la coupe du monde de 2014, qui aura lieu au Brésil. Les pernambucanos (habitants du Pernambouc, ou pernamboucains, en français), qui sont très chauvins, ont fêté cela dignement. La décision a été prise lors d'une réunion au palais du gouverneur, le "campo das princesas" (voir note précédente), où la CBF et la FIFA ont visiblement été impressionnés par le faste des réjouissances. Un bon gueuleton, ça aide toujours à prendre une bonne décision. Cela dit, le stade d'Arruda a bien besoin d'une modernisation pour être aux normes. Les gradins supérieurs sont encore des cubes de béton où il est délicat de poser ses fesses quand il a plu, d'autant plus que le stade n'est pas couvert. En cette période de l'année où il pleut souvent, c'est fâcheux. Je peux témoigner, on a pris la sauce. J'ai pris un bon sirop contre la toux. Ben oui, même dans un pays où il fait 30 degrés tout le temps, on peut être enrhumé comme un c...

02.06.2009

Le Palais des Princesses

Visite admirable ce dimanche à Recife : le palais du gouverneur de l'état du Pernambuco (en français, Pernambouc). Ce palais est surnommé "Campo das Princesas", car les princesses Izabel et Leopoldina, filles de l'empereur Dom Pedro II, avaient coutume de gambader dans le parc quand la cour était de passage à Recife. Pour situer historiquement, c'était donc dans les années 1850. La visite est possible les samedis et dimanches, elle est guidée et en plus c'est gratuit. La seule restriction est qu'on ne peut pas prendre de photos partout, pour des raisons de sécurité.

L'après midi, le concert au Théâtre Santa Izabel était effectivement plus "classique" que celui du Théâtre du Parc (voir note précédente). Au programme : Haydn, pour le 200ème anniversaire de la mort du compositeur. Juste un petit mot pour dire que l'orchestre symphonique de Recife comporte aussi des cordes, contrairement à ce que j'ai écrit précédemment. Les concerts du Théâtre du Parc sont donc avec une formation spéciale. Le chef d'orchestre était aussi un peu plus grand. Voilà le rectificatif effectué.

La tragédie de l'Airbus d'Air France fait évidemment également les gros titres de la presse de ce côté-ci de l'Atlantique. C'est triste, et en plus cela m'a fait retomber brutalement dans la réalité. Voir la tronche de Jean-Louis Borloo à jeun sur la Globo à 7 heures du matin, c'est dur. Mais y a pire. Alors la vie continue.

27.05.2009

Soirée classique à Recife

J'étais si occupé depuis mon arrivée à Recife par un programme qui n'a rien à voir avec celui prévu, que j'ai omis d'entretenir mon cher blog. J'ai tant de choses à raconter que le retard est presque impossible à combler. Je me contenterai donc de raconter, dans la catégorie des histoires qu'on peut raconter, ma soirée de mercredi soir (le 27).


Comme chaque mois, l'orchestre symphonique de Recife se réunit au théâtre du Parc pour donner un récital, et pour ne rien gâcher, c'est gratuit. J'ai toujours mis un point d'honneur à prouver dans ce blog que le Brésil n'est pas un pays où on ne rencontre que des voleurs, des putes et des travestis. Il fallait donc préciser que Recife, deux millions d'habitants environ, possède un orchestre symphonique. Il est vrai que les puristes tordrons le nez, car certains détails montrent qu'on est bien au Brésil et pas à la salle Wagram. Commençons par le nom du chef d'orchestre : Nenéu Liberalquinho. Non, il ne s'agit pas du nom de l'avant-centre du Shaktior Donetsk (voir note précédente). Pour être crédible en tant que maestro, il vaut mieux s'appeler Herbert Von Kelkechoze, ça fait plus sérieux. Néneu Liberalquinho n'aurait de toute façon pas pu faire avant-centre, car du haut de son 1 mètre 10, il aurait eu du mal à faire des têtes. Un chef d'orchestre nain ? Pourquoi pas, on a bien un président ...


L'orchestre a pour particularité de n'avoir pour ainsi dire que des instruments à vent. Les mauvaises langues objecteront qu'un orchestre symphonique comporte une majorité d'instruments à corde, et donc les pièces du répertoire classique jouée par l'orchestre de Recife sont en fait des transcriptions. De fait, l'ouverture du Barbier de Séville (de Rossini) prend ainsi une forme originale. Les chagrins feront encore plus la gueule en apprenant que l'orchestre ne se contente pas de jouer des pièces du grand répertoire, il n'hésite pas à s'aventurer sur le terrain de la musique populaire, et évidemment de la MPB (musica popular brasileira).


Au programme : "Amazing Grace", de Frank Ticheli. Puis "Lamentos", de Pixinguinha e Benedito Lacerda : du samba, donc (*). Fogão, de Sérgio Lisboa (un frevo, je crois). Mais le gros succès de la soirée fut pour "Obrigado, Mangueira" de Getúlio Cavalcanti (un samba également), avec comme soliste vocale la propre fille dudit Cavalcanti (qui est bien vivant, vu qu'il était présent dans la salle). Quand Alessandra Cavalcanti est apparue, avec une robe rouge avec la couture au dessus du genou, un décolleté plongeant et des escarpins de la même couleur, on a pu entendre quelques sifflets admiratifs qui auraient été considérés comme déplacé par le public guindé et culturreux du milieu parisien.


Il est vrai que la soirée est tout sauf coincée, puisqu'on peut y rentrer avec en Havaianas (vulgairement appelées "tongs"), vétu d'un bermuda et du maillot de la Seleção (authentique). Pour ma part, j'étais un peu mieux habillé, mais pas mieux que demain dimanche pour aller de nouveau à un concert classique, cette fois au Théâtre Santa Izabel, un théâtre du XIXème siècle construit par un architecte français, un certain Louis Léger Vauthier. Il parait que l'ambiance est un peu plus "formelle".

 

(*) Rappel : on dit LE samba et non LA samba car en portugais, le mot est par exception notable du genre masculin.

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23.05.2009

Recife (1)

Voici enfin, après un an et demi d'absence, le retour de Bob au Brésil, épisode 3 : la mission. Je ne sais pas si cette nouvelle saison sera aussi palpitante que les précédentes, mais tous les ingrédients sont là : de l'exotisme (cette fois-ci, le Nordeste), de l'aventure, etc. Bonne lecture !

Le vol de la TAP (compagnie portugaise) de Paris à Recife via Lisbonne s'est bien passé. J'ai commencé à me mettre dans l'ambiance en lisant le Record, l'équivalent portugais de l'Equipe. Je sais, je tombe bien bas, mais c'est pour lire en Portugais. Record a 60 ans cette année, et c'était le numéro 11000, un collector donc. C'est un journal sportif qui ne parle pour ainsi dire que de futebol. Du foot, du foot, du foot, pendant 60 pages. Un supplément féminin de 4 pages au centre comme alibi culturel. Et c'est en couleur. Bref, c'est l'occasion de lacher l'information principale : le Brésil vient de gagner la coupe de l'UEFA, dernière du nom. En effet, le club de foot ukrainien avec un nom à attraper la grippe mexicaine, le Shaktior Donetsk (à vos souhaits) alignait davantage de Brésiliens que d'Ukrainiens sur le terrain : cinq joueurs sur onze, qui ont fait 10000 kilométres pour atterrir dans ce qu'on pourrait appeler le trou du c.. de l'Ukraine, je ne connais pas, mais on doit pas rigoler tous les jours à Donetsk. Les joueurs brésiliens ont marqué les deux buts de la victoire.

L´hotel Central de Recife, comme il est écrit en substance dans le Lonely Planet édition 2008, est un établissement au charme surranné. Il y a dans le hall une remise où sont stockés les équipements éléctriques au rebut, de vieilles TSF et un central télephonique de l'époque des demoiselles du téléphone et du 22 à Asnières, ou son équivalent brésilien. Je pense y dormir deux nuits.

La seule mauvaise nouvelle à mon arrivée est le temps. Il pleut comme vache qui pisse. Décidément je n'ai pas de chance avec Recife pour le temps (relire le blog bobnobrasil, la saison 1 : http://bobnobrasil.hautetfort.com/archive/2005/06/18/Reci...).

C'est tout pour le tour d'échauffement, le temps de se refaire au clavier QWERTY en vogue sous ses latitudes.

27.11.2007

Retour sur ... Penedo

En 1927, en Finlande, les poireaux étaient hors de prix. Il était très difficile de trouver des fruits et légumes frais : la probabilité de trouver des ananas ou des bananes au marché couvert d’Helsinki était plus que limitée. La nourriture des finlandais, à cette époque, se réduisait essentiellement au poisson frais et à la viande fumée : traditionnel et roboratif, mais peu équilibré. Comme la télévision, le Nokia 5310 ExpressMusic et les appareils à UV n’existaient pas encore, la nuit polaire était particulièrement longue et déprimante.

Certains finlandais pouvaient donc avoir le désir légitime de trouver une terre un peu moins ingrate. Particulièrement un certain Toivo Uuskalio, pour une bonne raison : il souhaitait mener une vie saine en mangeant végétarien, et le climat de la Finlande se prêtait fort peu à ses aspirations diététiques. Un beau jour, il eut une illumination et décida d’émigrer au Brésil. Il y passa un an, en 1927, puis retourna en Finlande publier un livre intitulé : « Matkalla Kohti Tropiikin Taikaa » (comme je parle très bien le portugais, je vais traduire : « Voyage en direction de la magie des Tropiques »). Ce fut le début d’une petite vague d’immigration finlandaise au Brésil, et ils fondèrent en 1929 la ville de Penedo, à 170 kilomètres au nord ouest de Rio, sur le terrain d’une ancienne fazenda achetée par Toivo Uuskalio. Entre 1927 et 1940, ils furent environ 300 à émigrer. Pour ces nordiques, le climat de la serra de Itatiaia convenait parfaitement : certes chaud, mais bien plus supportable que celui de Rio. 

Les colons finirent toutefois par déchanter. La terre se révéla peu propice à l’agriculture, et certains souffrirent même de la faim. L’immigration se tassa donc rapidement. Comme le rappelle le dépliant du musée finlandais, à Penedo : en Finlande, il est considéré comme incorrect de démontrer ses sentiments de manière ouverte et spontanée. Ce n’est pas Kimi Raikkonen, surnommé « Iceman » par les reporters de Formule 1, qui dira le contraire (voir notes précédentes). Le seul moment où on peut laisser libre cours à sa fantaisie, c’est lors des danses folkloriques. Les finlandais de Penedo fondèrent le « Clube Finlândia », qui depuis 1943, se réunit tous les samedis à partir de 21 heures pour perpétuer les danses typiques en costumes traditionnels finlandais. Cela, pour le plus grand plaisir des touristes.

Car ce qui a fait la fortune de Penedo, ce n’est pas la culture des bananes et des ananas, c’est le tourisme. Les brésiliens adorent cet endroit pimpant et exotique en raison de son petit côté scandinave. C’est une destination prisée des amoureux et des couples en lune de miel. Au moment de Noël, on en rajoute une louche, puisque chacun sait que le père Noël habite en Laponie, au-delà du cercle polaire. Malgré les 30 degrés ambiants, on peut voir des sapins, des traîneaux, des chalets en pin et des lutins en plâtre.

Ne comptez pas trouver à Penedo des grands blonds aux yeux bleus : de nos jours, les habitants sont plus proches du type carioca que du type viking. Il ne reste plus que vingt authentiques finlandais à Penedo. Mais l’essentiel est que les traditions nordiques se sont perpétuées pour faire de Penedo une destination touristique charmante et un peu kitsch. J’ai mis ci contre (à droite de l’écran) un petit album photo avec mes photos de Penedo.

Pour terminer, je voudrai réparer une injustice que j’ai commise sur ce blog à propos du restaurant finlandais le Koskenkorva : la vodka qu’on peut y déguster est bien une authentique vodka finlandaise importée, de marque Finlandia, et non une « vodca nacional » (sic), qu’on peut trouver pour 10 R$ la bouteille en supermarché et qui convient parfaitement pour faire la « caïpivodka » (comme la caïpirinha, sauf qu’à la place de la cachaça on met de la vodka …). 

22.11.2007

Rio, dernière

Dernier jour à Rio, consacré à des achats importants : cachaça, feijões pretos, farinha (pour faire la farofa) et cartes postales. Je décolle demain soir pour Paris, avec regrets, pour retrouver les joies de la mère patrie. Je suis au courant de ce qui se passe en France en ce moment grâce au Globo, qui est bien gentil de consacrer une page entière à nos petits problèmes.

Toujours dans le Globo, j’ai lu un article sur la favela Tavares Bastos, dans le quartier de Catete, celle où viennent d’être tournées les scènes du second volet des aventures de l’incroyable Hulk (voir notes précédentes). Il en ressort que depuis l’installation du BOPE en décembre 2000 et le départ des derniers trafiquants, il règne dans la favela un calme olympien. Plusieurs films (dont « Tropa de Elite »), une novela (« Vidas opostas », sur la Record), des clips (Black Eyed Peas, Snoop Dog) ont été tournés ici. Grâce aux tournages, les habitants arrivent à gagner quelques sous : en louant leurs maisons, en faisant de la figuration. Pour un peu, ils passeraient pour des privilégiés …

Il parait même qu’un film français pourrait y être tourné. Pure spéculation : il se trouve que le second épisode de « OSS 117 », avec Jean Dujardin, se passerait au Brésil. Une scène devait être tournée au Copacabana Palace, mais la direction a décliné la proposition en examinant de près le scénario, qui comportait quelques scènes de casse, qui auraient pu nuire au prestige de l’établissement. Selon les mêmes informateurs, les scénaristes se seraient rabattus sur Brasilia, qui fait un décor idéal pour les années soixante. Ce qui reste toutefois à démontrer.

En effet, l’UNESCO a récemment tapé du poing sur la table concernant le classement de Brasilia comme « Patrimoine mondial ». Comme je l’ai déjà dit (relire la saison 1), Brasilia, c’est très moche, et en plus c’est mal entretenu. Le plan pilote en forme d’aile d’avion conçu par Lucio Costa et Oscar Niemeyer a été largement dégradé au fil des années. Plus grave pour l’UNESCO, certains immeubles ont fait l’objet de restaurations qui en dénaturent l’originalité. Par exemple, les azulejos (un peu kitsch, mais typiques des années soixante) ont parfois été remplacés par des marbres (certes plus classes, mais peu typiques des années soixante). Si Brasilia avait été entretenue correctement en respectant le souhait de ses créateurs, elle serait aujourd’hui un décor idéal pour un film culte et parodique se déroulant pendant cette période.  

1da64d23d4a0dce8a94bcf946a982e48.jpgAzulejos des années 60. Si vous avez les mêmes dans votre salle de bain, ne les cassez pas sous prétexte que c'est ringard : ça intéresse l'UNESCO.

 

Voilà, la partie purement brésilienne de ce blog est terminée pour cette année. Il me reste toutefois de la matière en stock pour l’alimenter après mon retour en France. Avec une série de « Retours sur … », plus des articles de fond (de tiroir), en attendant mon prochain voyage l’année prochaine. Restez branchés !

21.11.2007

Rio, avant dernière

Ce mercredi, de retour à Rio, programme culturel. Je suis allé voir la Fondation Eva Klabin, un musée situé 2420 avenida Epitacio Pessoa, au bord de la lagoa Rodrigo de Freitas. Il s’agit en fait d’une demeure particulière : on est invité à mettre des patins pour la visite. Normalement, la visite ne se fait qu’à heures fixes, mais les brésiliens sont toujours très souples sur les horaires. Considérer donc que si on arrive entre 14h30 et 16h, pas de problème (du mercredi au dimanche). La visite est guidée, en portugais de préférence, sinon on peut opter pour l’anglais.

Eva Klabin était l’une des filles d’un couple d’émigrés lituaniens arrivés au Brésil au 19ème siècle. La société Klabin, leader brésilien dans la fabrication de papier cellulose, existe depuis 1899 et est cotée à la bourse de São Paulo. Aussi la famille est elle depuis longtemps à l’abri du besoin et des difficultés financières. Parmi les babioles qu’on peut admirer dans la baraque : des chinoiseries, des antiquités grecques, égyptiennes et précolombiennes et un splendide service en faïences de Limoges dans la salle à manger. Rajouter à cela ajouter un Tintoret dans le salon Renaissance, un Gainsborough dans le salon anglais, un Pissaro, un Marie Laurencin et une flopée de toiles de maîtres flamands ou de l’école de Fontainebleau. Je précise que le musée est climatisé, c’est un détail important en cette période de l’année.

Drame a Passaperto : Laura, folle de désir, roule un patin au sémillant Miguel. Mais ce dernier la repousse violemment : « Ne fais plus jamais ça, jamais de la vie ! », lui dit-il. Evidemment, Laura ne sait toujours pas que Miguel est curé. « Un jour, tu comprendras … », assène Miguel, en guise d’explication. C’est pas très malin, comme réponse : il aurait pu dire qu’il a eu tardivement les oreillons et que sa maladie a été mal soignée, elle aurait compris de suite et abandonné toute velléité envers lui - et il aurait pu facilement préserver ses vœux de chasteté en échange d’un mensonge véniel. Mais il reste quand même 180 épisodes à tourner, donc pas question de trouver une solution rapide et logique au problème. Miguel va se réfugier dans sa chambre, revêt sa soutane (qu’il a mise au placard à cause de sa mission secrète) et implore Nosso Senhor en priant de toutes les forces de son âme. On écrase une larme. Plus qu’un épisode à voir en direct, et après je devrai me contenter de le regarder sur Internet avec le Globo Media Center. Le chapitre intégral est réservé aux abonnés, mais certains extraits sont accessibles à tous :

http://video.globo.com/Videos/Player/Entretenimento/0,,GI...  

Il y en a un qui a tout compris, c’est Dominique de Villepin. Il assistait samedi soir à une répétition (« ensaio ») à l’école de samba de la Mangueira. Le Globo l’a photographié - sans cravate - en compagnie du Rei Momo et de sa cour de « cabrochas » (en argot, femmes aimant danser le samba, nous dit le Houaiss). Voilà qui a sûrement dû le consoler d’avoir laissé son boulot à François Fillon, qui doit être en train de négocier depuis 15 jours avec les syndicats en se gelant les meules. Malgré le soleil et la chaleur de cette belle journée d’été, le Christ du Corcovado s’obstine à se cacher derrière un petit nuage. Encore un feignant qui profite de son statut privilégié pour ne pas en ramer une. Quand je serai proprio, je vais réclamer un service minimum pour les nouvelles merveilles du monde.  

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